20101011

J’ai rencontré Noémie sur internet. Elle était apparue sur la photo de profil d’une fille à qui j’avais fait un compliment sur twitter à propos d’elle. Elle avait crée un compte un peu plus tard pour pouvoir parler avec moi, je crois, car sinon, elle n’en avait qu’un usage limité et il s’est vite tari après cette histoire. Je me suis dit qu’elle avait dû stalker mon profil et que si cela se mettait en branle, ce n’était sûrement pas juste pour voir à quoi je ressemblais en html. Le courant était plutôt bien passé, très vite aussi.

Elle était d’un an plus jeune que moi, en hypokhâgne, une fille aux cheveux longs et châtains et lisses, des grands yeux relativement écartés, une bouche superbe, un joli nez, de jolis sourcils, un air mutin, sage et aguicheur à la fois. Adolescente, en somme. Des cuisses un peu large, un joli cul, même si plus grand que ma main, des seins que j’imaginais fermes.

Notre relation était finalement fondée sur une méprise, car le semblant de complicité que la messagerie instantanée avait crée reposait sur un jeu autour des paroles de Booba, qui la faisait rire quand j’étais on ne peut plus sérieux quant à leur qualité. C’est grâce à elles que j’avais eu son numéro de téléphone, en le citant une nouvelle fois, et elle me l’avait donné alors que je n’y pensais même pas, que ce n’était qu’un coup d’épée dans l’eau, et je sentais de fait que oui, c’était une affaire qui roulait sans même que j’aie à conduire.

J’ai débarqué à Paris pour une raison x ou y un week-end. J’ai vu Sophie, on a bu des cafés et fumé des clopes dans le soleil qui rebondissait de façades en façades jusqu’au goudron et à la terrasse sur laquelle on se cachait derrière nos lunettes de soleil, puis j’ai attendu Noémie à Saint-Germain, un peu ennuyé par son retard, un peu ennuyé tout court, sans trop savoir ce que j’aurais à faire.

Elle est arrivée et alors que je voulais lui faire la bise, normalement, elle m’a embrassé tout de suite, ce qui a causé ce moment d’incertitude et de fouillis de joues et de lèvres et puis je me suis laissé faire. On a marché dans Paris, ce qui était cliché et bidon, simplement parce que je n’avais pas envie de reboire un café, ni de prendre un verre, et qu’on ne trouvait rien qui nous satisfasse, et il faisait beau et parfois, quand nous étions arrêtés, à un passage piéton par exemple, on s’embrassait, et souvent, elle me tirait vers elle pour que je le fasse, et elle me tenait la main et elle me serrait contre elle, et j’avais assez envie d’elle, mais tout le cinéma me fatiguait un peu. Je voulais pas, ça m’effrayait qu’elle se conduise comme ça et que moi aussi, comme un couple en fait, parce que ça n’avait rien à voir, ça n’avait pas vocation à l’être et ça le serait jamais, et puis c’était comme si j’étais complice de ses illusions et ça me mettait mal à l’aise, ça m’embêtait. En même temps, je me disais que j’exagérais, que c’était une grande fille, que je me faisais des films et qu’elle pensait pas ça, qu’elle était juste seule et qu’elle voulait être tendre et sentimentale avec quelqu’un, partager un truc intimiste et tout, genre être acceptée entièrement sans prise de tête. Mais bon, tout ça me préoccupait, même si quand on s’embrassait ça allait, ne serait ce que parce que j’avais l’impression qu’elle cherchait ma main dès que je lui échappais.

A un moment on est arrivés aux Tuileries. On discutait pas mal, j’avais l’impression d’avoir beaucoup de mal parfois à trouver quoi dire, à poser des questions et relancer la conversation et ça m’angoissait un peu mais je savais depuis quelques temps que je pouvais bien avoir l’impression de mourir d’ennui avec une fille sans qu’elle le ressente et qu’au contraire elle soit ravie, par un mécanisme que je n’ai toujours pas compris. Donc on parlait bien, on riait aussi, c’était assez léger et c’était pas non plus désagréable parce que quelqu’un qui se serre contre toi comme si tu étais vital ça fait du bien, c’est rassurant et chaud et flatteur et donc je prenais ce qu’il y avait à prendre et je fermais les yeux sur ce qu’il y avait à apprendre.

Sur les chaises en ferraille verte devant le bassin je l’embrassais et je caressais ses cuisses sous sa jupe et elle me disait d’arrêter, qu’il y avait plein de gosses et c’était vrai mais je lui disais qu’on s’en foutait et il a commencé à pleuvoir, ce qui était marrant parce qu’on venait de parler des mecs qui vendent des bouteilles au soleil et des parapluies sous l’eau avec une réactivité folle et on est restés tant que c’était praticable et je trouvais ça beaucoup trop bidon parce qu’on aurait aussi bien pu appeler Honoré pour qu’il nous filme et ça m’emmerdait d’avoir l’impression de me donner en spectacle, de faire l’amoureux sous la flotte, c’était vraiment un truc à deux balles et le seul truc rassurant c’était que je pouvais pas être Hugh Grant parce que j’avais une veste en cuir.

Ensuite on s’est abrités sous des arbres près d’une statue et quand je l’ai collée contre la pierre elle a haleté et après elle a dit qu’elle voulait que je le refasse et effectivement c’était super excitant et tout, mais j’étais en train d’envoyer des textos à Stéphen et de fumer une clope ce qui faisait que je me détournais un peu d’elle et ça l’ennuyait je le voyais bien, et je lui ai dit que je devais partir, et que je devais passer faire un truc chez une fille. Elle a demandé si elle pouvait venir avec moi. Là j’ai ri parce que c’était très drôle et que j’imaginais un peu le truc, que je devais aller chez une fille avec qui j’avais fricoté super récemment et que je voyais Noémie la rencontrer et me lécher l’oreille ou me tirer contre son bassin devant elle et c’était juste inimaginable. Donc je lui ai dit que non et je lui ai donné une vague explication puis dit que je passais la soirée avec des amis de Paris et que je ne la verrais pas et que je ne dormirais pas chez elle parce que ce n’était pas mon coin et que je ferais autre chose jusqu’à tard etc. et je voulais même pas avoir à me justifier.

Elle m’a quand même accompagné dans le métro et glissait ses mains sous ma veste et je l’ai laissée faire. Elle est sortie sur le quai avec moi et là elle me serrait contre elle en m’embrassant et elle voulait pas me lâcher et elle disait tu peux venir dormir chez moi si tu veux, après ta soirée et elle voulait pas me lâcher même si je lui ai dit trois fois que je devais y aller, et je lui ai dit encore que j’y allais après l’avoir embrassée trois fois très vite sur les lèvres et elle m’a demandé pourquoi et je me suis dégagé assez violemment de son étreinte, je m’en rends compte, et j’ai reculé en la regardant avec l’air du mec sûr de lui qui joue avec le feu, j’ai reculé assez doucement, mais en restant hors de sa portée parce que de toute façon elle ne bougeait pas, et quand elle a dit pourquoi alors que je m'éloignais, je lui ai dit que je n'ai pas envie de jouer à ça, en haussant les épaules..

Quand j’ai tourné les talons après ça, je l'ai plus regardée et je me suis senti soulagé avant même d’enfoncer mes écouteurs dans mes oreilles et j’ai pas réussi à pleurer sur la nuit dont je me privais si il fallait endurer tout ça.

5 Lambeaux:

Anonymous said...

It's great to finally have you back.

frances bean said...

c'était bien la peine de tout supprimer pour nous pondre deux nouveaux articles. bolosse.

MR. said...

C'est tellement mal écrit que ça en devient beau, qu'on s'exécute à lire, le sourire entre les pommettes, et qu'on engloutit plus qu'on ne savoure.

C'est un compliment, je crois.

Antonia said...

ah tiens cette histoire m'est familière

Vadim P. said...

mais non mais non