20090924

Parfois, j'aimerais être plus sobre. Plus modéré, dire non à un dernier verre avant la guerre des gangs, avant les échauffourés, les rixes verbales ou plus brutales, refuser de me jeter à corps perdu dans l'ignorance de mon propre corps, de mon ego et de celui des autres que l'on froisse à loisir.

Parfois, je prends conscience de l'ivresse presque continuelle qui résulte de la jeunesse qu'on croit perpétuelle et de la peur de tout ce que sa mort implique. Parfois, je prends conscience que l'absence totale de jalons est irrémédiablement effrayante et vertigineuse, et que je m'y perds comme devant la mise en abîme monumentale d'un chateau de miroirs, et que je m'y jette sans même prendre le temps de la réflexion qui me ferait reculer, et m'assaillit alors que mon degré d'éthylisme descend, et que culpabilité, faiblesse, dégoût et nausée pour tout ce cirque surgissent.

Je prends presque la grosse tête, mais je la soigne par un manque d'affabilité incroyable. Ce que tu as fait, je l'ai fait avant toi, mais avec bien plus de classe. Tout ça, j'y suis passé avec lucidité, et quand je me mets à poil, je le fais en toute conscience de chaque parcelle de mon corps, de provocation, en toute contemplation et en tout détachement des attaches physiques que je trimballe. Tout faire pour ne pas se laisser porter, se laisser emporter par tout ce joli jeu de rôle presque pitoyable, mais dans lequel tu as intérêt à garder ta place. Je ne suis pas là pour me faire des amis de tout le monde, malgré tout. Et on pas volé des mobilettes ensemble, ni joué aux playmobils, alors arrête ton char, René, et fais gaffe à ce que font tes mains.

Doliprane and Tea party, Empire State Of Mind. J'ai l'impression de revenir à New York I Love You But You're Bringing Me Down, à la redécouverte d'une ville, de cet ensemble, de cette cohésion qui se détache des ces deux morceaux plutôt similaires, quand on y réfléchit. J'ai l'impression de marcher sans but, en boucle, dans les mêmes rues, entre les mêmes immeubles, autour des mêmes blocks, une Bud à la main et un pote en bras de chemise, de sentir exactement le même air, la même ambiance agitée, de morceaux insomniaques, nostalgiques et élégiaques (De nos jours, l’élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance amoureuse due à un abandon ou à une absence.). On entend derrière les voix plaintives le grondement des rames de métro glauques, des couvercles de poubelles, les klaxons des bus et des taxis, les hurlements des vendeurs de hot dogs et l'odeur de l'onion, et les couples qui déambulent, un mendiant noir, à la barbe blanche mal entretenue et la calvitie débordante, assis à côté d'un ghetto blaster hors d'âge, et des kids avec des casquettes de baseball et leur slim sur une paire de dunks, on entend la publicité de rues plus lumineuses la nuit que le jour, et le bourdonnement électrique des générateurs, et la présence sombre de la peur, on célèbre une ville qui s'est perdue et semble terrifiée de se reperdre, sachant que cela est possible, ce sont toutes deux des chansons qui portent l'espoir, en connaissance du pire, un espoir résigné qui appelle à l'hédonisme, tant que l'on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Sinon, je me ferais bien un tatouage, parfois.

20090822

EVERYTHING ELSE IS JUST BORROWED.

Il y a cette chanson, peu importe son titre, son interprète, l'album sur lequel elle apparaît, tout ça est bien inutile, et bien trop facile à trouver, mais peu importe, celui qui le voudra écrira tout ça dans les commentaires, avec, si on a de la chance et s'il est consciencieux, une petite bio tirée de Wiki, tiens, ce serait super gentil. Mais je sais pas si cela signifierait qu'il a tout compris. J'en doute fort. Dans cette chanson, il y a une fille qui chante. Elle chante le blues, si on y fait bien attention. Elle chante le désespoir, la peur, l'énergie de la chute, par anticipation. Sa voix ressort, jaillit du murmure un peu informe des instruments qui geignent derrière elle, mais en conférant bien plus de puissance à son chant, clair, précis, bien qu'un peu avalé, maché, craché aussi, et elle repète souvent les mêmes phrases, tout ça c'est un peu une prière, ma prière. Elle dit, et c'est sûrement la phrase la plus claire de ces courtes 3min40 et quelques, I'll love you like I love you, then I'll die. Elle dit ça, simplement, avec une tristesse résolue, une agitation réfléchie, une urgence tout à fait planifiée, avec un aller retour temporel incroyable, comme aurait pu le faire ce type funambule entre les tours jumelles, s'il avait seulement anticipé le massacre: tout ira bien et tout sera fini. Cette seule phrase me fascine. Elle porte en elle toute l'essence de la vie sans entraves, sans limites, sans but aucun à part l'ataraxie et les activités autotéliques, toute la vie que l'on ose pas mener, celle du saut de l'ange. Cette phrase me porte, c'est une incitation, et une question, toute entière.

Si tout va bien quand tout ne va pas mal, on peut bien se demander ce qui préside à une quelconque destinée artistique: la souffrance préalable ou nécessaire; ou un quelconque talent donnant droit à cette souffrance? Peut on entrevoir un succès, et le réaliser, ou tout n'est il qu'erreur, déterminisme, hasard et doute? Où suis-je, où vais je, que fais je?

En fait, peu importe. Je vais continuer à croire que j'ai la superbe. J'ai ma place pour Biolay. C'est en Mai, 2010. Je vais récupérer un maillot de bain Façonnable, le mien ayant déteint. J'en ai eu deux autres, en attendant. J'ai rachetées mes lunettes. Mes Clubmasters que j'avais perdues en me baignant avec. Tu sais, se dire qu'on sera beau, grand, fort, hautain, avec, dans l'eau, et deux secondes après, n'être rien qu'un enfant sans son jouet. Pitoyable. J'ai acheté mon parfum. La même maison que celui de Michelle O. J'achète, j'achète. Je comble mon vide intérieur, mais c'est pas de ma faute, ma mère m'a pas donné le sein. Bientôt, je rentre chez moi. Enfin.