Parfois, j'aimerais être plus sobre. Plus modéré, dire non à un dernier verre avant la guerre des gangs, avant les échauffourés, les rixes verbales ou plus brutales, refuser de me jeter à corps perdu dans l'ignorance de mon propre corps, de mon ego et de celui des autres que l'on froisse à loisir.
Parfois, je prends conscience de l'ivresse presque continuelle qui résulte de la jeunesse qu'on croit perpétuelle et de la peur de tout ce que sa mort implique. Parfois, je prends conscience que l'absence totale de jalons est irrémédiablement effrayante et vertigineuse, et que je m'y perds comme devant la mise en abîme monumentale d'un chateau de miroirs, et que je m'y jette sans même prendre le temps de la réflexion qui me ferait reculer, et m'assaillit alors que mon degré d'éthylisme descend, et que culpabilité, faiblesse, dégoût et nausée pour tout ce cirque surgissent.
Je prends presque la grosse tête, mais je la soigne par un manque d'affabilité incroyable. Ce que tu as fait, je l'ai fait avant toi, mais avec bien plus de classe. Tout ça, j'y suis passé avec lucidité, et quand je me mets à poil, je le fais en toute conscience de chaque parcelle de mon corps, de provocation, en toute contemplation et en tout détachement des attaches physiques que je trimballe. Tout faire pour ne pas se laisser porter, se laisser emporter par tout ce joli jeu de rôle presque pitoyable, mais dans lequel tu as intérêt à garder ta place. Je ne suis pas là pour me faire des amis de tout le monde, malgré tout. Et on pas volé des mobilettes ensemble, ni joué aux playmobils, alors arrête ton char, René, et fais gaffe à ce que font tes mains.
Doliprane and Tea party, Empire State Of Mind. J'ai l'impression de revenir à New York I Love You But You're Bringing Me Down, à la redécouverte d'une ville, de cet ensemble, de cette cohésion qui se détache des ces deux morceaux plutôt similaires, quand on y réfléchit. J'ai l'impression de marcher sans but, en boucle, dans les mêmes rues, entre les mêmes immeubles, autour des mêmes blocks, une Bud à la main et un pote en bras de chemise, de sentir exactement le même air, la même ambiance agitée, de morceaux insomniaques, nostalgiques et élégiaques (De nos jours, l’élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l’évocation d’un mort ou à l’expression d’une souffrance amoureuse due à un abandon ou à une absence.). On entend derrière les voix plaintives le grondement des rames de métro glauques, des couvercles de poubelles, les klaxons des bus et des taxis, les hurlements des vendeurs de hot dogs et l'odeur de l'onion, et les couples qui déambulent, un mendiant noir, à la barbe blanche mal entretenue et la calvitie débordante, assis à côté d'un ghetto blaster hors d'âge, et des kids avec des casquettes de baseball et leur slim sur une paire de dunks, on entend la publicité de rues plus lumineuses la nuit que le jour, et le bourdonnement électrique des générateurs, et la présence sombre de la peur, on célèbre une ville qui s'est perdue et semble terrifiée de se reperdre, sachant que cela est possible, ce sont toutes deux des chansons qui portent l'espoir, en connaissance du pire, un espoir résigné qui appelle à l'hédonisme, tant que l'on ne sait pas de quoi demain sera fait.
Sinon, je me ferais bien un tatouage, parfois.
